Une blessure que l'on porte souvent seul
Le stress post-traumatique ne se résume pas à un souvenir douloureux. Il s'installe dans le sommeil, dans l'irritabilité, dans l'hypervigilance, dans cette difficulté à « redescendre » après l'engagement. Chez ceux qui ont servi, l'obstacle principal est souvent moins l'absence de dispositifs que la réticence à s'en saisir : par fierté, par crainte pour sa carrière, par habitude de tenir. Les forces de l'ordre, les pompiers et les soignants connaissent la même logique, avec en plus l'exposition répétée, sans véritable retour au calme entre deux chocs. Les familles, qui vivent — subissent — la blessure psychique de leur proche sont aussi dans la souffrance et parfois oubliées dans l'accompagnement.
C'est dans cet espace, entre le silence et la prise en charge classique, que naissent des démarches parallèles. Il faut les connaître, car certains de nos camarades s'y intéressent ou s'y engagent déjà.
Une démarche portée par des vétérans, pour les vétérans
« L'éveil des vétérans » est une démarche francophone et internationale fondée par Mathieu Guyard. L'accompagnement est mené par Richy (Richard Marguerie), ancien militaire, spécialiste artillerie et JTAC, préparateur mental certifié TOP© (Techniques d'Optimisation du Potentiel) et titulaire d'un CAS en préparation mentale de l'Université de Lausanne. Leur parcours respectifs au sein des forces armées françaises et leur statut de vétéran diagnostiqué SSPT compte pour un public qui se méfie, à juste titre, des discours venus de personnes n'ayant pas d'expérience opérationnelle.
Le programme s'adresse aux anciens combattants et aux vétérans, mais aussi aux policiers, gendarmes, pompiers et soignants confrontés à un traumatisme ou à un stress post-traumatique, ainsi qu'aux professionnels des métiers à risque et à leurs familles. Il repose sur une approche pragmatique, des outils de terrain, une parole libérée sans tabou sur le stress post-traumatique et une logique de résilience collective.
Trois temps sur environ quatre mois
Le premier temps est la préparation mentale, d'une durée de quatre semaines, menée à distance en groupe et en entretiens individuels. Elle porte sur la gestion du stress, les routines et la posture mentale, et sert à poser les bases avant toute immersion.
Le deuxième temps est l'immersion : cinq jours d'expérience pratique, notamment dans un domaine naturel aux Pays-Bas. Axée sur le dépassement et la cohésion, cette retraite alterne ateliers et cérémonies encadrées par une équipe pluridisciplinaire de "superviseurs", réunissant d'anciens militaires, des psychologues du trauma des neuropsychologues formée à l'EMDR. Les cérémonies utilisent des truffes à psilocybine.
Le troisième temps est l'intégration : six rendez-vous collectifs en visioconférence, répartis sur trois mois, pour ancrer les acquis dans le quotidien. Cette phase est déterminante, car une expérience, même intense, ne vaut que par ce qu'on en fait ensuite.
Les outils partagés
Plusieurs méthodes sont communes aux participants. La méthode TOP rassemble respiration, relaxation, dialogue interne et visualisation. Le « Geometric Process » est une méthodologie écrite qui permet de poser un poids émotionnel et de fixer des objectifs clairs. Une communauté d'entraide prolonge l'ensemble : espace de parole, lives hebdomadaires, podcasts et entretiens approfondis, destinés à briser l'isolement des blessés psychiques, des soignants et des forces de l'ordre.
Ce qu'il faut garder en tête
Une démarche qui touche à la santé mentale appelle des réserves, et il serait malhonnête de les taire.
La psilocybine fait l'objet de recherches cliniques sérieuses dans plusieurs pays, notamment sur la dépression et le trauma, mais ces travaux sont encore en cours et leurs résultats restent à confirmer. Le cadre légal varie d'un pays à l'autre : les truffes à psilocybine se vendent légalement aux Pays-Bas, alors que la psilocybine est classée comme stupéfiant en France. Ces substances ne conviennent pas à tout le monde : certains traitements médicamenteux et certaines fragilités psychiques les contre-indiquent, ce qui impose un entretien préalable sérieux et un avis médical.
C'est pourquoi les porteurs de l'initiative insistent eux-mêmes sur un point que nous partageons : cette démarche n'a pas vocation à remplacer les parcours de soins existants. Elle ne dispense ni d'un suivi psychologique ou psychiatrique, ni des dispositifs institutionnels, ni des structures spécialisées. Elle peut, au mieux, venir en complément, pour ceux qui l'envisagent en connaissance de cause.
La position de Soldats de France
Notre rôle n'est ni de promouvoir ni de condamner. Il est d'informer, de témoigner et de soutenir. Ceux qui souffrent cherchent des réponses, et lorsque le dispositif institutionnel leur paraît lointain, lent ou inadapté, ils en trouvent ailleurs. Mieux vaut qu'ils le fassent en étant informés, accompagnés, et en parlant de leur projet à un professionnel de santé.
Si vous êtes concerné, ou si l'un de vos proches l'est, le premier pas reste le même : en parler. À un médecin, à un psychologue, à un camarade, à une association. Une blessure invisible se soigne mieux quand elle cesse de l'être.
Pour en savoir plus, consultez le site de L'éveil des vétérans ainsi que les podcasts et entretiens qu'il publie.


