LUTTE CONTRE L’ORGANISATION ETAT ISLAMIQUE : IL FAUT SE RÉAPPROPRIER LES CONCEPTS DE LA GUERRE RÉVOLUTIONNAIRE

Dès 1953, le Colonel Lacheroy formule le concept de “guerre Révolutionnaire” élaboré à la suite de la lecture des oeuvres de Mao. Il définit ce concept comme l’alliance du système des “hiérarchies parallèles” et des méthodes d’embrigadement des âmes par la “guerre psychologique” ou ce qu’il appelle les “techniques du moral”.

Toujours selon lui, les leçons à en tirer sont simples : si les démocraties ne lui opposent pas rapidement une réplique efficace et similaire sous la forme d’une “action psychologique”, “elles continueront à jouer perdant chaque fois qu’elle se trouveront en présence d’une “guerre révolutionnaire”.

Face à un système d’embrigadement des personnes physiques aussi coercitif, il estime “… que la lutte ne se gagnera pas sans une mobilisation totale et dure des arrières…”



La modélisation de la situation subversive menée par le communisme international à l’encontre du monde libre à l’échelle mondiale peut être efficacement reprise autour du thème central de l’Islamisme qui  use aujourd’hui des mêmes techniques psycho-politiques pour conquérir les esprits selon un scenario type, considéré comme immuable, en 5 phases :
  Une période de calme apparent À laquelle  succède une phase de terrorisme Puis une autre de guérilla et de prise en main des populations Et enfin la mise en place d’une organisation politico-administrative (politique et religion ne faisant qu’un dans l’islam “politique”) et de troupes “régulières”.  
A l’image de l’encadrement des populations par le système politico-policier vietminh, les populations sous contrôle de l’OEI sont soumises à une stricte obéissance de la charia selon son interprétation salafiste. Les ennemis chiites, les non-musulmans (chrétiens, Yazidis), les « mauvais musulmans » sont condamnés à se convertir sous peine de mort.
 
Cette coercition s’accompagne aussi d’une action de propagande visant à transformer peu à peu une obéissance forcée en une relative adhésion et, enfin, en un fanatisme pour une minorité militante. 
 
Ce système s’appuyant sur l’encadrement des populations dans des hiérarchies parallèles dans lequel tout le monde espionne tout le monde, « moucharde » tout le monde, assure ainsi la “solidité de l’arrière” et favorise directement l’endoctrinement et la prise de possession des âmes.
 
Les techniques de la propagande et de l’action psychologique atteignent leur efficacité maximum lorsqu’elles s’appliquent à une communauté close, repliée sur elle même et pratiquement étanche à toute information extérieure.
A l’endoctrinement psychologique se substituera ensuite l’endoctrinement idéologique amenant la conversion des esprits à l’idéologie.
 
Le succès de l’endoctrinement est du à la force de l’argumentation (dialectique) et à la « passion » des islamistes qui défendent une idéologie qui détient la vérité absolue et qui, comme toute religion, explique tout est en mesure de répondre à toutes les questions.
 
« Finalement épuisé mentalement, l’individu moyen s’incline et préfère adopter la « ligne » qu’on lui propose plutôt que de lutter sans cesse contre tous pour dissimuler ses pensées » (Cdt Jacques HOGARD – « guerre révolutionnaire ou révolution dans l’art de la guerre »).
 
Selon Max CLOS, « la terreur révolutionnaire doit toujours être insérée dans un cadre idéologique ».
Ainsi, si on est amené à être brutal, il faudra en expliquer les raisons. Pas de terreur gratuite : il s’agit de faire disparaître un obstacle sur le chemin de la révolution (bolchevik, vietminh, polpotiste, castriste…islamiste). « L’exécution, la violence doivent toujours être présentées comme des actes de justice ».
 
Ainsi, les auteurs de ces techniques d’endoctrinement basées sur l’action psychologique et sur la terreur trouvent dans leur lecture salafiste de la charia la justification de leurs actes. 
 
L’action psychologique s’adresse aussi à l’attention des combattants par l’intermédiaire des relais d’influence que sont les Imams salafistes agissant comme de véritables « commissaires politiques ».
 
En s’appuyant sur la grandeur de la cause qu’ils défendent (l’application rigoriste du Coran et de la charia qui ne peut qu’emporter l’adhésion de la communauté des musulmans -la Umma- à qui l’on promet un « califat ») et sur des méthodes d’endoctrinement qui provoquent la « cristallisation » autour d’une idée, le « ralliement des volontés autour des motifs communs » (GIAP), la guerre révolutionnaire devient une véritable fabrique de fanatiques froids, méthodiques et déshumanisés.
 
Comme dans toutes les guerres révolutionnaires, l’OEI appuie aussi son action psychologique sur la symbolique des signes (Cf : Serge Tchakhotine).
Tout d’abord un étendard omniprésent sur les images et vidéos qui rappelle l’unicité de Dieu, le tawhîd  (« il n’y a de dieu que Dieu ») qui y figure comme un slogan, un mot d’ordre aisément reproductible. Le noir renvoie à la couleur des califes abbasides, choisie comme marque de deuil pour les martyrs et les hommes de la famille du prophète tués au cours de la fitna.
Le cercle central est le sceau de Mahomet, mais aussi son anneau qui fut perdu (et que l’OEI aurait retrouvé ?), le blanc est la couleur du vêtement du pèlerin de la Mecque et, selon les hadiths la couleur du musulman.
Cet étendard indique la mission confiée par le Calife (étendre l’islam par la force et l’exhortation) et annonce la victoire de Dieu et de ses auxiliaires. (*)
Pavoisant villes, villages et convois de véhicules, brandit par les combattants il agit comme un puissant signe de ralliement et d’appartenance et permet un impact visuel saisissant.
 
Ensuite l’effigie de son chef Al-Baghdadi dont le portrait orne villes, villages, salles de réunion, mosquées et sites internet.
 
Puis le doigt levé pouvant symboliser selon Romain CAILLET (Chercheur à l’Institut français du proche orient à Beyrouth) l’unicité d’Allah. Ce geste traditionnel étant réalisé par la majorité des musulmans au moment de réciter la chahada agissant là encore comme symbole de fierté, de victoire, de ralliement et de reconnaissance.
 
La population d’un pays dans lequel se déroule une guerre subversive et qui, au sens logistique du terme, la supporte, est à la fois l’atout majeur et l’enjeu réel d’une telle guerre.
Ainsi, l’application de méthodes inspirées par le TTA 117 pourraient permettre : « d’éclairer l’opinion et d’orienter les sentiments, l’attitude et le comportement de milieux neutres ou amis, dans l’intention de contrecarrer l’influence adverse, de se ménager la sympathie agissante des neutres, de fortifier la détermination et la volonté combative des milieux amis”.
 
 
Article écrit en s’appuyant sur les ouvrages de Pierre LABROUSSE « La méthode Vietminh » Indochine 45-54 » aux éditions Lavauzelle 1996 et du Colonel Pierre LACHEROY « De Saint Cyr à l’action psychologique : Mémoires d’un siècle» aux Editions Lavauzelle.
 
Redacteur David HORNUS
David HORNUS est un spécialiste de la sécurité des entreprises, de la gestion des risques et de la négociation de crise.

 Il est titulaire d'un 3ème Cycle en "stratégie d'intelligence économique" de l'Ecole de Guerre Économique (1999) et d'un diplôme en "stratégies, analyses et prospectives des mondes méditerranéens" (2022) de l'Université de Toulon.

 Expert en intelligence et sécurité économique, il dirige aujourd’hui VIGILANTIS et s'engage depuis plus de 15 ans à préserver les intérêts de ses clients, à les protéger de la criminalité économique sous toutes ses formes.

 Négociateur dans le cadre de polices d'assurance "risques spéciaux" pour un leader mondial de la gestion des risques, il a été déployé sur plusieurs dossiers de haute intensité qui l'ont conduit sur les principales zones de crise.

 Il est l'auteur d'une " contribution territoriale sur le continuum de sécurité " (juin 2020) et de " Danger Zone : Témoignage d'un professionnel de la gestion de crise " aux éditions Balland (mai 2022).

 Officier de réserve il est titulaire de la Croix du combattant volontaire pour les opérations extérieures.


(*) : L’Etat islamique : Anatomie du nouveau Califat par Olivier Hanne et Thomas Flichy de la Neuville, Bernard Giovanangeli éditeurs, 2014.
 

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